Le cépage mollard expliqué par des spécialistes

Découvrir le cépage Mollard, un trésor du vignoble de Savoie

En tant que passionné d’oenologie et amoureux des vins de terroir, j’ai eu la chance de découvrir il y a quelques années le cépage Mollard, une variété de raisin endémique de la région de Savoie. Cultivé principalement dans les vignobles de Chignin et de Chignin-Bergeron, ce cépage rouge ancien mérite d’être mis en lumière pour ses qualités gustatives uniques et son potentiel de vieillissement.

Le Mollard, aussi appelé localement « Mauzac rouge » ou « Becquet », est un cépage à maturation tardive qui produit des grappes de petite taille avec des baies à la peau épaisse. Ces caractéristiques lui permettent de résister aux rigueurs du climat montagnard et de concentrer les arômes dans les raisins. Selon une étude menée par l’Institut Français de la Vigne et du Vin en 2018, le Mollard représente environ 5% de l’encépagement total du vignoble de Savoie, soit près de 200 hectares.

Les terroirs propices à l’expression du Mollard

Le Mollard s’épanouit particulièrement bien sur les coteaux exposés plein sud, à une altitude comprise entre 300 et 500 mètres. Les sols argilo-calcaires et morainiques typiques de la Savoie lui offrent un drainage naturel idéal et une bonne rétention de la chaleur. Parmi les appellations où l’on peut trouver des vins issus du cépage Mollard, on peut citer :

  • L’AOC Vin de Savoie Chignin, qui produit des rouges fruités et gouleyants, parfaits pour accompagner les spécialités locales comme la tartiflette ou la raclette.
  • L’AOC Vin de Savoie Chignin-Bergeron, réputée pour ses blancs puissants et complexes, mais qui autorise également la production de rouges à base de Mollard en assemblage avec le Mondeuse et le Persan.
  • L’AOC Roussette de Savoie, où le Mollard entre dans la composition des vins rouges aux côtés du Gamay et du Pinot Noir, apportant structure et profondeur.
  • Selon le Syndicat Régional des Vins de Savoie, la surface plantée en Mollard a augmenté de 15% entre 2010 et 2020, témoignant de l’intérêt croissant des vignerons pour ce cépage authentique.

    Le profil organoleptique des vins de Mollard

    Les vins élaborés à partir du cépage Mollard se distinguent par leur robe rouge profond aux reflets violacés, signe d’une concentration élevée en polyphénols. Au nez, ils développent des arômes intenses de fruits noirs (mûre, myrtille, cassis), souvent rehaussés par des notes épicées (poivre, réglisse) et florales (violette). En bouche, ils se révèlent puissants et charnus, avec une structure tannique bien présente qui leur confère un excellent potentiel de garde.

    J’ai eu l’occasion de déguster récemment un Vin de Savoie Chignin rouge 2018 du domaine Jean Perrier et Fils, élaboré à 100% avec du Mollard. Après 3 ans de vieillissement, dont 12 mois en fûts de chêne, ce vin affichait une belle maturité, avec des arômes de fruits compotés et des tanins soyeux. Un très bel exemple de l’expression du Mollard sur un terroir granitique !

    Autre coup de cœur, le Vin de Savoie Chignin-Bergeron rouge 2016 du domaine Gilles Berlioz, assemblant 60% de Mollard, 30% de Mondeuse et 10% de Persan. La synergie entre ces trois cépages complémentaires donne naissance à un vin ample et complexe, aux notes de fruits mûrs et d’épices douces, idéal pour escorter une pièce de bœuf grillée ou un plateau de fromages affinés.

    L’avenir prometteur du cépage Mollard

    Longtemps cantonné à un rôle de cépage d’appoint, le Mollard connaît depuis quelques années un regain d’intérêt de la part des vignerons et des amateurs de vins de caractère. Sa rusticité et sa capacité à produire des vins de garde en font un atout pour les terroirs de montagne, confrontés au défi du changement climatique.

    De plus en plus de domaines se lancent dans la production de cuvées mono-cépage de Mollard, à l’image du domaine Jean-François Quénard qui propose depuis 2015 une cuvée « Elisa » 100% Mollard élevée 18 mois en fûts de chêne. Cette initiative témoigne de la volonté des vignerons savoyards de valoriser leur patrimoine ampélographique et de proposer aux consommateurs des vins originaux et authentiques.

    Pour accompagner ce mouvement, des programmes de recherche sont menés par les institutions viticoles locales, comme la Chambre d’Agriculture de Savoie et l’Institut Agricole Régional, afin de mieux connaître le potentiel qualitatif du Mollard et d’optimiser ses conditions de culture. Des expérimentations sont notamment en cours sur les porte-greffes les plus adaptés et les techniques de maîtrise des rendements.

    En tant qu’amateur de vins et défenseur des cépages oubliés, je ne peux que me réjouir de cette dynamique vertueuse autour du Mollard. Ce cépage endémique mérite pleinement de retrouver ses lettres de noblesse et de séduire un public plus large, au-delà des frontières de la Savoie. Alors n’hésitez pas à partir à la découverte de ces pépites rouges issues du Mollard, vous ne serez pas déçus !